
Les gens ont tendance à se constituer juges.
Vous savez, ils enfilent une longue robe noire, un air de général et écoutent votre plaidoirie, sans même broncher une seule fois.
Et puis, avec la gravité de leur regard, ils finissent par vous condamner, sans même relire votre dossier.
L’acte est ainsi fait, le discours tapé par un gentil huissier.
Alors le reste n’est que banalité, un courant d’ordres et d’idées établit selon les codes de la moralité.
C’est la procédure, rien de plus.
Les gens ont tendance à se constituer juges. C’est vrai, après tout, c’est très facile d’enfiler un vêtement et de se sentir apte à superviser la vie d’autrui. Tu sais autrui, c’est le gars qui est comme ton frère, qui pense comme toi, qui ressent comme toi et qui a un cœur, comme toi.
Je les vois arriver de loin, ils se ressemblent tous. Ils sourient par habitude, avancent prestement et ne se retournent jamais sur ton passage. Ils sont là, fiers de paraître, tenant dans la main une petite sacoche dans laquelle est rangée leur conscience. Tu sais la conscience, c’est celle qui ne te quitte pas d’une semelle, celle qui ne sait pas se taire, celle qui hurle à la mort lorsque tu as mal agi et que ton âme crie au désespoir.
Ils sont partout, ici et ailleurs, devant et derrière. Ils longent les couloirs, traversent les cours, mangent dans des cantines ternes et font du sport le Vendredi.
Les gens ont tendance à se constituer juges. Vous me direz certainement que ça n’est pas si terrible. À les entendre, ils ne font simplement que leur devoir.
Mais j’aimerais qu’ils sachent que la vie, c’est autre chose qu’un tribunal et que parfois, les coupables ne sont pas toujours ceux que l’on croit.
Faites attention, Mesdames et Messieurs les jurés, parce qu’un jour, votre tour viendra.
D’ici-là, vous avez le droit de garder le silence ou tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous.