mercredi 11 mars 2009


Les gens ont tendance à se constituer juges.
Vous savez, ils enfilent une longue robe noire, un air de général et écoutent votre plaidoirie, sans même broncher une seule fois.
Et puis, avec la gravité de leur regard, ils finissent par vous condamner, sans même relire votre dossier.
L’acte est ainsi fait, le discours tapé par un gentil huissier.
Alors le reste n’est que banalité, un courant d’ordres et d’idées établit selon les codes de la moralité.
C’est la procédure, rien de plus.

Les gens ont tendance à se constituer juges. C’est vrai, après tout, c’est très facile d’enfiler un vêtement et de se sentir apte à superviser la vie d’autrui. Tu sais autrui, c’est le gars qui est comme ton frère, qui pense comme toi, qui ressent comme toi et qui a un cœur, comme toi.
Je les vois arriver de loin, ils se ressemblent tous. Ils sourient par habitude, avancent prestement et ne se retournent jamais sur ton passage. Ils sont là, fiers de paraître, tenant dans la main une petite sacoche dans laquelle est rangée leur conscience. Tu sais la conscience, c’est celle qui ne te quitte pas d’une semelle, celle qui ne sait pas se taire, celle qui hurle à la mort lorsque tu as mal agi et que ton âme crie au désespoir.
Ils sont partout, ici et ailleurs, devant et derrière. Ils longent les couloirs, traversent les cours, mangent dans des cantines ternes et font du sport le Vendredi.

Les gens ont tendance à se constituer juges. Vous me direz certainement que ça n’est pas si terrible. À les entendre, ils ne font simplement que leur devoir.
Mais j’aimerais qu’ils sachent que la vie, c’est autre chose qu’un tribunal et que parfois, les coupables ne sont pas toujours ceux que l’on croit.
Faites attention, Mesdames et Messieurs les jurés, parce qu’un jour, votre tour viendra.

D’ici-là, vous avez le droit de garder le silence ou tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous.

vendredi 27 février 2009

Seras-tu là ?




Je suis comme cette gamine que l’on a oublié devant l’école et qui attends, le ventre creux, que quelqu’un daigne venir la chercher.
Cette petite fille qui pense qu’il faut qu’elle porte le Monde entier pour être aimée, pour ne plus être oubliée.
Celle qui a les yeux plein d’innocence et qui ne sait pas encore que ce sera toujours ainsi.

Je suis cette fillette-là, assise seule sur un banc, dans l’attente d’un moindre signe, d’un seul geste.
Elle observe les autres, un cœur dans la main droite, un cartable dans la gauche, se ruant dans les bras de ceux qui sont là, à les attendre, juste derrière le portail.

Ils s’embrassent, se sourient.
L’un raconte ses bêtises, l’autre ses exploits et main dans la main, ils s’éloignent d’elle.
La laissant là, l’âme toute nue et les ailes blessées.

Elle regarde sa montre en cherchant la petite aiguille, ramasse une fleur, saute dans les flaques et joue avec les fourmis.
Elle dessine dans le sable, compte les cerises qu’il reste sur l’arbre, écris des poèmes et parle aux nuages.

Mais elle sait que personne ne viendra.

Parce qu’à la fin de l’école, c’est toujours ainsi. Il ne reste qu’elle et ce pauvre banc gris.